Je suis allée à la Ferme...

A la Ferme Bermond, bulle d'oxygène

Une fois n’est pas coutume, c’est l’endroit la vedette. Bon, l’équipe aussi, bien sûr… Il s’agit d’un petit coin de paradis au cœur de Nice, bien caché des curieux et des projets fous. Un havre de paix intergénérationnel, où il fait bon se ressourcer, mais aussi bricoler, biner, planter et soigner. On y va ?

Il faut se donner la peine de chercher un peu. Aucun panneau pour vous guider. Mais une fois poussé le portail, on est ailleurs. En pleine campagne. 3500 m2 de végétation, des chiens, un potager familial et international – melon kajari, shiso du Japon, concombre amer du Vietnam… –, un atelier de bricolage fraîchement édifié, un centre de compostage, une maison niçoise défraîchie qui n’attend qu’un coup de neuf pour retrouver son élégance, un puit attenant qui déploie un ingénieux système d’irrigation… Et un figuier majestueux et généreux qui offre son ombre aux âmes fatiguées, celles qui ont œuvré pour entretenir le lieu, et aux autres aussi…   

Pieds sur terre et sourire en bandoulière

Voilà un topo en vrac qui mérite quelques explications… D’abord son histoire. Quand les Italiens débarquent dans la plaine du Var, appelés par les Français pour cultiver les terres fin XIXe, ils exigent un lieu pour dormir – la jolie maison niçoise. Ils cultivent donc le cresson en parcelles (qui pousse en pleine eau, comme les rizières, d’où le système d’irrigation ingénieux) et le pourpier – que les Niçois dégustent en salade et dans les pans-bagnats, si si ! Puis, en 1970, ce terrain est proposé au premier brigadier équestre de la cité azuréenne Vincent Bermond pour parquer ses chevaux. Il finit par s’y installer avec son épouse, qui sera la gardienne de l’école, alors en construction juste en face. À l’époque, pas de clôture, les chevaux galopent librement. Puis, la ville se développe et les constructions aussi. Qui grignotent l’horizon… Et celui de Vincent Bermond qui décède en 2016. Entre-temps, en 2007, Stéphane Gastaud, professeur d’arts martiaux, cherche une salle dans le quartier. Il tombe nez à nez avec une chèvre qui mange des figues. Il est séduit. Il donne un coup de main à la famille Bermond qui a transformé l’endroit en refuge pour animaux. Et devient l’ami du maître des lieux.

Du coup, avec sa compagne Ludivineil est là pour épauler sa veuve et propose même de sauver le lieu qui fait grise mine. Il créée donc l’association La Ferme Bermond en 2017. Avec des projets plein la tête, mais les pieds sur terre et le sourire en bandoulière. Car l’homme, s’il enseigne des techniques de combat, incarne la gentillesse. Ce qui a, entre autres, séduit Yvette, une bénévole. D’ailleurs, elle trouve ça formidable Yvette, la convivialité du lieu, le courage illimité, l’énergie folle et la disponibilité permanente de l’équipe, toujours assortie d’une bienveillance à toute épreuve ! 

Méli-mélo potager

Et alors, la visite ? On suit Stéphane qui déambule de parcelle en parcelle, expliquant avec une infinie patience et une foule de détails ce qui pousse ici, d’où viennent les graines, comment de tonnes de métal et de plastique ont été débarrassées du lieu… À toute question, sa réponse, car il semble tout savoir du lieu, de son histoire et tout ce qui le compose et l’habite. On parcourt le potager cultivé en permaculture, intimidé par les imposants plants de tomates, subjugué par l’habit rayonnant mais verruqueux du concombre amer, surpris par la présence du shiso – basilic japonais – et le goût délicat du citron caviar, transporté par l’effluve prometteur d’un melon kajari – entre mangue et melon –, contrarié de marcher sur le pourpier qui n’en finit plus de pousser partout et qu’on aimerait éviter, mais pas le temps ! La visite suit son cours… Stéphane nous entraîne déjà ailleurs. On lève la tête pour découvrir cette petite maison niçoise aux murs ocre que le temps ne parvient pas à effacer et qui surplombe le terrain, dignement. Les projets ne manquent pas pour lui rendre sa splendeur, mais c’est de la paperasse, du temps et de l’argent. Ça viendra. « C’est en cours ». On l’espère !

Aux petits soins de tous…

En attendant, juste sur la berge au-dessous de la bâtisse, une marre filtrante va bientôt prendre ses quartiers, histoire d’asseoir l’autonomie en ressources de la petite association qui, finalement, se débrouille bien. Les premières subventions arrivent doucement, juste des bénévoles hyper engagés et quelques bienfaiteurs, bien inspirés. Et hop, à deux pas, après avoir admiré un citronnier centenaire, mais généreux comme au premier jour, on découvre à droite des cages où loge, bien à leur aise, une ribambelle de tortues… En attendant de pouvoir profiter d’un enclos, qui sera installé juste pour elles, à côté de la marre filtrante. Vous êtes perdu ? Pas le temps de vous faire un plan, voici l’atelier de bricolage tout en bois et rien que ça, monté par une équipe de jeunes en insertion. Quelques mètres plus bas, le poulailler où une soixantaine de poules déplumées – en pleine mue avant l’hiver – bichonnent Apache, le coq, un bestiau de sept kilos qui n’a pas besoin de fanfaronner ! 

Ah ! J’allais oublier les oies qui cacardent à notre approche, et plus discrète, cette petite famille de hérissons, en convalescence… Oui, on recueille aussi les animaux abandonnés, que Sandra s’empresse, avec une infinie douceur, de soigner et cajoler. Quand ce ne sont pas les âmes que l’on soigne… Car ce qu’on préfère peut-être ici, c’est l’énergie même du lieu : cette capacité à apaiser et ressourcer quiconque prend la peine de s’y poser quelques secondes. Après les au revoir et les mercis, on repart boosté, la fleur au fusil. Elle n’est pas belle la vie ?

 

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Merci à Laurence pour les photos! 

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